Prendre soin de soi : pourquoi est-ce si difficile, alors que nous en avons tant besoin ?
Nous le savons : prendre soin de soi est essentiel.
Nous devrions nous offrir plus de douceur, de repos, de temps pour nous-même.
Nous savons qu’il faudrait mettre notre masque en premier, comme dans l’avion.
Et pourtant… quelque chose en nous résiste, se juge.
Un simple geste de douceur vers soi-même devient un défi, car nous nous sentons coupables de nous choisir.
Mon histoire : celle d’un corps qui parle et d’une vie qui pousse à l’équilibre
Une petite voix murmurait :
« Tu n’as pas le droit de te reposer. Tu n’as pas assez fait. Tu ne le mérites pas. »
Cette voix, je la porte depuis longtemps.
Elle s’est amplifiée lorsque j’étais mère au foyer, quand ma valeur semblait ne pas peser autant qu’un salaire.
Des années à prouver, à montrer que je ne me « contentais » pas d’être mère.
Des années à remplir des listes, à courir entre les tâches, la maison, les repas, l’organisation.
Et en parallèle, à travailler encore sur moi : développement personnel, formations, lectures…
Toujours dans le faire, toujours dans l’amélioration.
Mais quand est-ce que je fais quelque chose juste pour le plaisir ?
Quand est-ce que je me repose sans vouloir devenir « meilleure » ?
Quand est-ce que je m’autorise à juste être ?
Mais juste « être » c’est quoi ? Ne rien faire ?
On pourrait croire qu’un moment à ne rien faire serait doux.
Mais il se remplit vite d’inconfort : culpabilité, agitation, sentiment d’inutilité.
Ce vide révèle un malaise profond :
celui de ne pas se sentir digne de recevoir son propre temps.
Le temps donné aux autres ne pose jamais problème.
Mais le nôtre ? Nous pensons devoir le mériter.
Alors nous continuons, encore et encore.
Jusqu’à ce que notre vase déborde, faute d’avoir été vidé.
J’avais relié ma valeur au fait d’être utile en permanence.
Au point que me poser devenait presque une menace intérieurs. Ce qui a, entre autre, provoqué mon burn out parental.
Mon corps a continuer à parler : fatigue, irritabilité, tensions, puis douleurs, inflammations.
Comme s’il murmurait :
« Regarde-moi. Choisis-moi. Prends soin de moi. »
Puis est venue ma reconversion, mon choix du cœur : devenir accompagnante.
J’ai ouvert mon activité doucement, à mon rythme.
Et comme beaucoup au début, je ne gagne pas encore ma vie.
Et cette phrase a pris un poids énorme :
« Je ne gagne pas encore ma vie. »
Sans m’en rendre compte, j’ai laissé cette idée définir ma valeur.
Comme si ne pas gagner assez me retirait le droit au repos, au plaisir, à la douceur.
Ma vie familiale aussi me renvoyait mes limites : crises, besoins, urgences…
Non pas comme des obstacles, mais comme des miroirs.
Comme si la vie disait :
« Remplis ton vase. Remets-toi au centre. »
Mais je continuais à donner, à donner, à donner.
Et le vase débordait — pour une goutte de trop.
Pourquoi est-ce si ancré ? Ce n’est pas une question d’argent, mais de valeur
« Il faut gagner sa vie »
Je l’ai souvent entendue, et soudain elle a pris tout son poids.
Gagner sa vie.
Mériter sa vie.
Être suffisamment utile pour avoir le droit d’exister sans honte.
Mais au fond, ce n’est pas une question d’argent.
C’est une question de valeur.
Une question d’amour de soi.
Tout revient toujours à l’amour.
Et c’est peut-être ce qui rend le défi si immense.
Il ne s’agit pas de réorganiser son agenda ou d’ajouter une routine bien-être.
Il s’agit d’oser porter sur soi le même regard doux et compréhensif que l’on porte sur les autres.
Oser se dire :
« J’existe. Et cela suffit. »
J’ai compris que ce n’était ni l’argent, ni mon statut passé, ni mon niveau d’activité qui déterminaient mon droit au repos.
C’était une question d’amour de soi, de confiance, de place intérieure.
J’avais lié ma valeur à ce que je faisais.
Alors que ma vraie valeur… c’est ce que je suis.
Et je vois désormais que ce déséquilibre entre le faire et l’être est collectif.
Nous sommes nombreux à ne plus savoir recevoir, à ne plus savoir nous offrir ce soin, du temps, gratuitement.
Nous en avons besoin mais nous avons oublié comment faire.
Comme si l’art de prendre soin de soi s’était effacé de notre mémoire collective.
Et pourtant : nous existons. Et cela devrait suffire.
Conclusion : Revenir à soi, c’est revenir au vivant
Nous allons vivre toute notre vie dans ce corps.
Cohabiter avec notre esprit, notre énergie, notre sensibilité.
N’est-il pas logique d’en prendre soin ?
N’est-ce pas une responsabilité sacrée envers nous-même ?
Nous méritons de prendre soin de nous.
Pas parce que nous avons assez fait.
Pas parce que nous avons gagné assez.
Pas parce que nous avons coché assez de cases.
Mais parce que nous avons de la valeur.
Parce que nous sommes dignes d’amour.
Et l’amour commence toujours… par soi.
Osons être notre priorité
Oui, oser se détacher du jugement des autres — et du nôtre — est un défi.
Créer un espace pour nous, sans rien en attendre, peut sembler impossible au début.
Mais c’est là que commence la liberté.
Pas à pas, avec douceur et patience,
nous apprenons à nous offrir ce que nous donnons si facilement aux autres :
un espace, une écoute, une attention, un peu de temps.
Parce que nous avons assez de valeur pour cela.
Parce qu’aimer les autres commence par se laisser aimer soi-même.
Prendre soin de soi ne devrait jamais être une récompense ou une justification.
C’est un geste essentiel, instinctif, comme boire ou respirer.
Nous méritons le repos, la douceur, les pauses.
Nous méritons d’exister sans nous épuiser à le prouver.
Notre vie n’a pas besoin d’être gagnée.
Elle a besoin d’être vécue.
Et pour cela, notre vase doit être rempli… par nous, d’abord.
Alors, doucement, accordons-nous ce que nous offrons si souvent aux autres :
un regard tendre, un peu de présence, un espace pour être.
Nous sommes dignes de soin.
Dignes de repos.
Dignes d’amour.
Et nous le sommes… maintenant.
Myrtille
